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Focus: Effets sanitaires de la pollution atmosphérique (Aphekom)

Contexte

De nombreuses études confirment l’impact de la pollution atmosphérique aussi bien sur des problèmes de santé aigus (par exemple, nombre d’hospitalisations pour des raisons cardiaques et respiratoires, le nombre de symptômes bronchiques) que sur des maladies chroniques (telles que l’exacerbation de l’asthme, chez l’enfant en particulier, ou des pathologies cardiovasculaires).

C'est pourquoi la Région de Bruxelles-Capitale a participé aux programmes européens d’évaluation des effets de l’exposition à l’air atmosphérique dans les villes européennes (APHEIS, ENHIS et APHEKOM). Ces divers programmes se succèdent et se complètent afin de soutenir les décisions publiques vers une réduction de la mortalité et de la morbidité liées à la qualité de l’air urbain.

Le programme APHEKOM

Dans le cadre du programme APHEKOM, un réseau de 60 scientifiques a travaillé pendant 3 ans pour apporter de nouvelles informations, arguments et outils pour soutenir la prise de décision publique, les professionnels de la santé et l'ensemble des citoyens vers une meilleure protection de la santé. L’exercice a couvert une population totale de 39 millions d’habitants dans 25 villes européennes.

Impact sanitaire d’une réduction de l’exposition aux particules fines (PM2,5)

Un premier résultat de ces recherches (selon les méthodes traditionnelles) indique que, si l’on réduisait l’exposition aux particules fines (PM2,5) à la valeur guide recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) (10µg/m3), il en résulterait un gain potentiel de l'espérance de vie pouvant aller jusqu'à 22 mois pour une personne de 30 ans en fonction de la ville concernée. En Région bruxelloise, ce gain est estimé à 7 mois (voir la figure ci-dessous).

Gain sanitaire en espérance de vie prédite suite à une réduction de l’exposition au PM2,5 à la valeur de 10µg/m3 pour des individus de 30 ans dans les 25 villes participant au programme APHEKOM.
Source : Summary report of the APHEKOM project 2008-2011

Gain sanitaire en espérance de vie prédite suite à une réduction de l’exposition au PM2,5 à la valeur de 10µg/m3 pour des individus de 30 ans dans les 25 villes participant au programme APHEKOM.

Le programme APHEKOM a également chiffré les gains financiers qui résulteraient des effets positifs sur la santé d’une réduction de l’exposition aux PM2,5 : une dépense de 31,5 milliard d’euros en frais médicaux, coût de l’absentéisme et autres frais indirects aurait pu être évitée pour les 25 villes étudiées si l’exposition au PM2,5 n’avait pas dépassé la valeur guide édictée par l’OMS.

Une des originalités de l’étude APHEKOM est de s’intéresser à la contribution de la mauvaise qualité de l’air au développement de maladies chroniques dont l’asthme, et non pas uniquement l’exacerbation de celles-ci. Les méthodes d’évaluation de l’impact sanitaire traditionnelles ne tiennent pas compte de cette contribution, et sous-estiment ainsi l’importance des effets liés à l’exposition atmosphérique.

Impact sur la santé du fait de vivre à proximité de routes à trafic intense

Une autre originalité de l’étude APHEKOM est de s’intéresser aux variations locales et temporelles des concentrations en polluants atmosphériques. En se basant sur une valeur unique (moyenne annuelle) pour chaque ville, les effets de variations locales sont en effet sous-estimés. La concentration des polluants atmosphériques varie dans l’espace et dans le temps, en fonction de la proximité des sources, des conditions climatiques et de leur impact sur la dispersion et les mélanges, de l’aménagement du territoire urbain et des caractéristiques urbanistiques.

Le programme APHEKOM a exploré l’hypothèse de causalité et la variation locale de l’exposition en utilisant comme indicateur intégré la proximité du trafic. L’exercice a été réalisé dans 10 des 25 villes dont le territoire est géo-référencé. Les bâtiments et leurs occupants ont été répartis en fonction de la distance au centre des routes dont le trafic dépasse 10.000 véhicules par jour. Il est étonnant de constater que dans ces 10 villes, le pourcentage de la population qui habite à moins de 75m du centre des routes atteint 29% et ceux qui vivent à moins de 150m, 52%. En Région de Bruxelles-Capitale, selon les estimations faites, ces proportions s'élèvent respectivement à 37% et 64%. En appliquant des méthodes innovantes d’évaluation de l’impact sanitaire de l’exposition atmosphérique à proximité des routes à trafic dense, le programme APHEKOM a pu estimer la part des effets sur la santé liée à la proximité de la source de pollution :

Pourcentage de la population présentant des maladies chroniques attribuables au fait de vivre à proximité de routes à trafic denses dans les 10 villes participant au programme APHEKOM.
Source : Summary report of the APHEKOM project 2008-2011

Pourcentage de la population présentant des maladies chroniques attribuables au fait de vivre à proximité de routes à trafic denses dans les 10 villes participant au programme APHEKOM.

En outre, vivre à proximité du trafic pourrait être responsable de 15 à 30% des nouveaux cas de maladies chroniques telles les cas d’asthme chez les enfants, de bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) et de problème cardiaques aigus tels l’infarctus du myocarde chez les adultes âgés de plus de 64 ans selon les villes étudiées.

Aux cotés de mesures structurelles de réduction des émissions de polluants atmosphériques, l’aménagement du territoire urbain constitue donc un axe de travail particulièrement indispensable à intégrer pour atteindre plus directement des objectifs de protection de la santé humaine.

Date de mise à jour: 06/10/2016